Guru’s Jazzmatazz (+ Last Minutes) au Noumatrouff

Les concerts donnés par les artistes américains se distinguent toujours, soit par leur énergie totalement démesurée, soit par leurs effets spéciaux exagérés, qui frôlent parfois le scandale. Mais rien de tout cela n’était présent samedi au concert de Guru. Sa particularité est de monter progressivement en puissance, à l’image d’un véhicule diesel. L’inconvénient, c’est une fois que vous êtes vous aussi lancés, le concert est terminé…
- Date : 8 novembre 2008
- Adresse : 57 rue de la Mertzau 68100 MULHOUSE
- Web : www.noumatrouff.com
Last Minutes

Last Minutes, le groupe de hip hop/acid jazz alsacien, ne cachait pas son émotion en assurant l’avant-groupe de leur gourou new-yorkais. Sans doute la plus judicieuse association groupe/guest de l’année au Nouma.
Tarsis aka Tah’Reek, chanteur façon griot, se fait porte drapeau des «vraies valeurs», celles du cœur, de la tolérance et de la mixité. Une mixité que Last Minutes exprime à travers des couleurs musicales variées telles que le rap, le reggae ou encore le rock. Le flow de Trasis est particulièrement efficace, soutenu par la délicieuse et non moins talentueuse Roxane. Cette ode à la richesse des cultures est appuyée par une batterie et une ligne de basse imparables. Le clavier, clairement vintage, se joue finalement du temps. Les artistes nous font voyager des années 80 à nos jours, comme sur le morceau Back to the Roots, dont ils sortent le clip très prochainement (web). Les chanteurs Djanta et Jeser ont fait honneur à Last Minutes en venant interpréter leurs titres respectifs de l’album Free, sorti au printemps dernier.
Emporté par son enthousiasme, Tarsis ponctue son parcours d’interventions parfois convenues. Le titre final, Top of Soul, est dédié au maître du genre : Guru. La salle est pleine, la salle est chaude, the show can go on !
Un show à l’américaine!

Keith Elam alias Guru maîtrise parfaitement ce mélange entre jazz et hip hop, une merveille ! Cet artiste, finalement peu connu du grand public, n’a rien à apprendre de ce métissage dont il est à l’origine. L’idée est de rester dans un esprit hip hop tout en revenant aux fondamentaux du jazz via son trombone, de faire découvrir aux jeunes générations, fans de hip hop, les racines de leur culture. Jazzmen et rappeurs partagent une même connaissance passionnée de la musique et de la culture noire américaine. Le projet Jazzmatazz réunira de nombreux artistes tels que MC Solaar, les Brand New Heavies, Roy Ayers…mais ce soir-là rien que pour nous, Guru était accompagné de Solar. MC Solar? Non Solar tout court. MC est producteur ricain.
Sur scène, aucun doute, il faut que ça brille! Les artistes sont munis de leurs chaînes autour du cou, d’une grosse boucle de ceinture, de basket dont tout le monde rêve, casquette et lunettes de soleil oblige - pour garder l’anonymat - pantalon baggy et les tatouages très présents, un sur chaque avant bras : “évolution” sur l’un, “révolution” sur l’autre. Les rappeurs engagés revendiquent clairement l’influence du jazz dans leur production.
Charme à l’américaine, artiste charismatique malgré ce camouflage, notre MC vieillit mais ne gâche pas son talent, avec un peu moins de fougue cela va sans dire. Son camarade de scène Solar, aura lui aussi droit au même traitement. Après 4-5 titres passés en t-shirt, ils retrouvent leurs marcels, total look « bad boys » qui leur dessinera une jolie petite bouée.
Le public venu danser, chanter et crier aura apprécié cet ambassadeur du Jazzmatazz. Il aura droit à un CD dédicacé sur scène par les soins du maître de cérémonie en personne après le concert, une attention touchante que peu d’artistes s’autorisent.
Catherine Kohler, Dom Poirier
